Les Passeurs de Culture
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Comprendre Charles de Gaulle, c’est donc aussi comprendre une partie de l’histoire politique et militaire de la France contemporaine.
Charles de Gaulle, un officier marqué par les guerres :
Charles de Gaulle naît à Lille le 22 novembre 1890 dans une famille attachée à la culture, à l’histoire et à la France. Son père, Henri de Gaulle, est professeur de lettres et d’histoire. Le jeune Charles choisit très tôt la carrière militaire et entre à Saint-Cyr en 1908.
La Première Guerre mondiale va profondément marquer sa génération.
Officier pendant le conflit, Charles de Gaulle est blessé à plusieurs reprises. En 1916, lors de la bataille de Verdun, il est fait prisonnier après avoir été laissé pour mort. Cette expérience de la guerre renforce chez lui une conviction qui deviendra essentielle : l’armée doit constamment réfléchir à l’évolution des techniques et des stratégies.
Dans les années 1930, alors que l’Europe se rapproche d'un nouveau conflit, de Gaulle défend notamment l’idée d’utiliser davantage les forces blindées. Ses réflexions sur les chars et la guerre moderne sont développées dans plusieurs ouvrages, dont Vers l’armée de métier, publié en 1934.
Cette conception ne fait pas de lui un prophète unanimement écouté. Mais elle contribue à construire son image d’officier indépendant, soucieux de penser la guerre autrement.
1940 : la défaite et le choix de Londres :
En mai 1940, l’armée allemande lance son offensive à l’Ouest. La France est rapidement débordée. Charles de Gaulle commande alors la 4e Division cuirassée et participe aux combats autour d’Abbeville. Il est nommé général de brigade à titre temporaire puis entre au gouvernement de Paul Reynaud comme sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre.
La situation devient pourtant catastrophique.
Les troupes allemandes avancent vers Paris. Le gouvernement se replie. Le 16 juin, Paul Reynaud démissionne et le maréchal Pétain devient président du Conseil. Le nouveau gouvernement s’oriente vers la demande d’un armistice.
De Gaulle refuse cette perspective.
Le 17 juin 1940, il repart pour Londres. Le lendemain, il intervient à la BBC.
L’Appel du 18 Juin : un moment devenu historique :
L’Appel du 18 Juin est aujourd’hui l’un des événements les plus célèbres de l’histoire contemporaine française. Pourtant, son importance immédiate ne doit pas être exagérée.
Le discours est peu entendu en France au moment même où il est prononcé et son enregistrement n’a pas été conservé. Les Archives nationales soulignent que l’allocution radiophonique marque cependant le point de départ symbolique et politique de la France libre.
De Gaulle appelle les militaires, mais aussi les ingénieurs et les ouvriers spécialisés présents en Grande-Bretagne à poursuivre la lutte. Il affirme que la guerre ne se limite pas à la défaite française et qu’elle peut devenir un conflit mondial.
Cette vision constitue le cœur de son choix.
Alors que le gouvernement français demande l’armistice, de Gaulle affirme qu'une autre France est possible : une France qui continue la guerre aux côtés des Alliés.
L’Appel n’est donc pas simplement un discours célèbre. Il correspond à une décision politique et personnelle : refuser de considérer la défaite militaire comme la fin de la France combattante.
Le gouvernement britannique reconnaît de Gaulle comme chef des Français libres le 28 juin 1940. Progressivement, des volontaires le rejoignent et les Forces françaises libres prennent forme.
De la France libre à la Libération :
Pendant la guerre, le combat de Charles de Gaulle ne se limite pas aux opérations militaires.
Il s'agit aussi de faire reconnaître l'existence d'une France qui continue la lutte. La question est essentielle : qui représente la France ?
De Gaulle entend empêcher que la France soit réduite au gouvernement installé à Vichy. Son objectif est de maintenir une continuité de l'État et de la République.
Au fil du conflit, la France libre évolue. En 1943, le Comité français de libération nationale est créé à Alger. De Gaulle en prend progressivement la direction avec le général Giraud avant de devenir la figure politique dominante de la France combattante.
Lorsque les Alliés débarquent en Normandie le 6 juin 1944, l'avenir politique de la France est encore incertain. De Gaulle veut que la libération du territoire s'accompagne du rétablissement de l'autorité française.
Le 25 août 1944, Paris est libéré.
Le lendemain, de Gaulle descend les Champs-Élysées. L'image devient l'une des photographies symboliques de la Libération. La France retrouve progressivement ses institutions républicaines.
1944-1946 : reconstruire la République :
À la Libération, Charles de Gaulle devient président du Gouvernement provisoire de la République française.
Le pays doit être reconstruit. Il faut rétablir l'État, organiser des élections, reconstruire l'économie et répondre aux attentes nées de la Résistance.
Mais de Gaulle se heurte rapidement à une question fondamentale : quelle République faut-il reconstruire ?
Il souhaite un pouvoir exécutif suffisamment fort pour éviter l'instabilité gouvernementale qu'il reproche aux institutions de la IIIe République. Les partis politiques occupent, selon lui, une place excessive dans le fonctionnement de l'État.
Le désaccord devient suffisamment important pour qu'il démissionne en janvier 1946.
La suite est surprenante : l'homme qui vient de diriger la France pendant la Libération se retire progressivement de la vie politique.
La « traversée du désert » :
De Gaulle ne disparaît pas pour autant.
En 1946, à Bayeux, il prononce un discours qui présente déjà certaines idées institutionnelles qui seront associées plus tard à la Ve République : un exécutif fort, une conception particulière de la fonction présidentielle et une volonté de dépasser les divisions partisanes.
Mais la IVe République suit une autre voie.
En 1947, de Gaulle crée le Rassemblement du peuple français, le RPF. Le mouvement connaît rapidement un important succès, mais il décline dans les années suivantes. À partir de 1953, de Gaulle se retire de nouveau de la vie politique active.
Commence alors ce que l'on appellera sa « traversée du désert ».
Installé à Colombey-les-Deux-Églises, il écrit notamment ses Mémoires de guerre. Il observe à distance la vie politique française.
Pourtant, son absence ne signifie pas qu'il renonce à ses conceptions politiques.
Les événements vont bientôt le rappeler sur le devant de la scène.
1958 : le retour au pouvoir :
En 1958, la France traverse une crise politique majeure liée notamment à la guerre d'Algérie.
Le régime de la IVe République apparaît de plus en plus fragile. Dans ce contexte, Charles de Gaulle revient au pouvoir.
Une nouvelle Constitution est élaborée. Elle est approuvée par référendum le 28 septembre 1958. Charles de Gaulle devient président de la République en décembre de la même année.
La Ve République est née.
Le texte constitutionnel accorde au président une place beaucoup plus importante que dans les régimes parlementaires précédents. Le fonctionnement des institutions sera encore profondément transformé en 1962, lorsque l'élection du président de la République au suffrage universel direct est adoptée par référendum.
La conception gaullienne du pouvoir repose sur une idée forte : dans les moments de crise, l'État doit pouvoir disposer d'une autorité suffisamment solide pour décider et agir.
Le discours prononcé par de Gaulle le 4 septembre 1958, place de la République à Paris, présente précisément sa conception d'une « République nouvelle ».
De Gaulle et la guerre d'Algérie :
La question algérienne constitue l'une des grandes épreuves de son retour au pouvoir.
En 1959, Charles de Gaulle s'oriente vers le principe de l'autodétermination. Cette évolution provoque de violentes oppositions chez les partisans de l'Algérie française.
En avril 1961, un putsch militaire est organisé à Alger. Il échoue.
Les négociations aboutissent aux accords d'Évian de mars 1962 et l'Algérie accède à l'indépendance. Cette décision provoque de profondes divisions et laisse des blessures durables dans la société française.
La question algérienne montre ainsi une autre dimension de la présidence de Gaulle : sa volonté de prendre des décisions considérées comme essentielles à la conception qu'il se fait de l'intérêt de l'État, même lorsqu'elles suscitent de fortes oppositions.
Quelle place pour la France dans le monde ?
Une autre constante de la politique gaullienne concerne la place de la France sur la scène internationale.
De Gaulle souhaite que la France conserve une capacité d'action indépendante. Il défend l'idée d'une France qui ne soit pas simplement une puissance secondaire derrière les États-Unis ou l'Union soviétique.
Cette conception se traduit notamment par une politique étrangère marquée par la recherche d'une certaine indépendance nationale.
Elle concerne aussi l'Europe. De Gaulle est favorable à une coopération entre États européens, mais il se montre méfiant envers une construction européenne qui conduirait, selon lui, à affaiblir la souveraineté des nations.
Sa politique étrangère contribue ainsi à donner une place particulière à la France dans les relations internationales de l'époque.
1968 : une nouvelle crise :
Mai 1968 constitue une nouvelle épreuve pour le président.
Une importante contestation étudiante et sociale bouleverse le pays. Les manifestations se multiplient et une crise politique majeure s'installe.
De Gaulle choisit finalement de dissoudre l'Assemblée nationale. Les élections législatives qui suivent donnent une majorité importante aux formations gaullistes.
Mais la crise a révélé une société française profondément transformée.
Quelques mois plus tard, de Gaulle engage une réforme du Sénat et de la régionalisation. Le référendum du 27 avril 1969 rejette le projet.
Charles de Gaulle démissionne immédiatement de la présidence de la République.
Il se retire alors de la vie politique.
Charles de Gaulle, une figure devenue historique :
Charles de Gaulle meurt le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises.
Sa disparition ne met évidemment pas fin à son influence.
Son nom est associé à plusieurs moments fondamentaux de l'histoire française : la défaite de 1940, la France libre, la Résistance, la Libération, la reconstruction de la République et la naissance de la Ve République.
Mais son héritage ne se résume pas à quelques dates ou à des images célèbres.
De Gaulle reste une figure qui permet de poser des questions essentielles sur l'histoire politique française :
- Qu'est-ce qu'un État dans une période de crise ?
- Comment une défaite militaire peut-elle être transformée en combat politique ?
- Quelle place donner au chef de l'État dans une démocratie ?
- Comment concilier indépendance nationale et coopération internationale ?
- Comment une République peut-elle se reconstruire après une période de guerre et d'occupation ?
C'est peut-être là que réside l'intérêt historique de Charles de Gaulle. Son parcours permet de suivre, presque à lui seul, plusieurs décennies de bouleversements français.
Le jeune officier de 1914 devient le général du 18 Juin. Le chef de la France libre devient ensuite l'homme de la Libération. Celui qui quitte le pouvoir en 1946 revient douze ans plus tard pour fonder un nouveau régime.
Son histoire est donc indissociable de celle de la France du XXe siècle.
Charles de Gaulle : une histoire qui continue de susciter des débats :
L'image du Général s'est progressivement transformée en symbole national. Cette transformation peut toutefois masquer les débats qui entourent son action.
Son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale, sa conception du pouvoir exécutif, sa politique algérienne, sa politique européenne ou encore sa conception de l'indépendance nationale continuent d'être étudiés et discutés par les historiens.
C'est précisément ce qui rend son parcours intéressant à étudier.
L'histoire de Charles de Gaulle n'est pas seulement celle d'un homme célèbre. Elle permet de comprendre comment une nation traverse la guerre, la défaite, l'occupation, la reconstruction et les transformations politiques.
Et elle rappelle qu'une figure historique ne peut être comprise uniquement à travers quelques dates célèbres.
Pour comprendre de Gaulle, il faut donc revenir au contexte dans lequel il agit, aux choix qu'il effectue, aux oppositions qu'il rencontre et aux conséquences de ses décisions.
Les Passeurs de Culture - Septembre 2026
Charles de Gaulle : l’homme du 18 Juin et le destin de la France.
Charles de Gaulle occupe une place singulière dans l’histoire de France. Général, résistant, chef de la France libre, président du Gouvernement provisoire puis fondateur de la Ve République, il a traversé les grandes crises françaises du XXe siècle.
Son nom reste évidemment associé à une date : le 18 juin 1940. Ce jour-là, depuis Londres, alors que la France vient de subir une défaite militaire et que le gouvernement du maréchal Pétain s’apprête à demander l’armistice, de Gaulle appelle à poursuivre le combat.
Mais réduire Charles de Gaulle à l’Appel du 18 Juin serait oublier une trajectoire beaucoup plus longue. Avant 1940, il est déjà un officier qui réfléchit profondément à la transformation de la guerre. Après la Libération, il devient l’un des acteurs majeurs de la reconstruction politique du pays. En 1958, dans le contexte de la crise algérienne, il revient au pouvoir et participe à la naissance de la Ve République.