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Entre la chute de Robespierre et le coup d'État de Napoléon Bonaparte, la France connaît une période souvent moins connue que la Terreur ou l'Empire : le Directoire. Pourtant, ces quatre années, de 1795 à 1799, sont essentielles pour comprendre la fin de la Révolution française.

Le Directoire naît d'une volonté de sortir de la violence politique qui a marqué les années précédentes. Après la chute de Robespierre, les députés cherchent à construire un régime républicain capable d'éviter à la fois le retour de la Terreur, une nouvelle dictature révolutionnaire et une restauration monarchique.

L'expérience est cependant difficile. Le nouveau régime doit affronter une situation économique très dégradée, des oppositions politiques nombreuses, des insurrections, des difficultés institutionnelles et une guerre qui se poursuit en Europe.

Dans le même temps, les armées françaises remportent des succès qui donnent à certains généraux une influence politique croissante.

Parmi eux, un jeune général commence à occuper une place particulière : Napoléon Bonaparte.

En 1799, le Directoire s'effondre. Le coup d'État des 18 et 19 Brumaire met fin au régime et ouvre la voie au Consulat.


La naissance du Directoire après la Terreur :


La chute de Robespierre, le 9 Thermidor an II, soit le 27 juillet 1794, marque un tournant dans la Révolution française. Les hommes qui prennent progressivement le pouvoir veulent rompre avec la politique de la Terreur.

La Convention nationale reste en place, mais le paysage politique change. Les Montagnards perdent leur influence et les députés thermidoriens cherchent une nouvelle organisation des pouvoirs.

L'objectif est délicat : il faut maintenir la République sans permettre à une nouvelle majorité révolutionnaire de concentrer tous les pouvoirs.

Une nouvelle Constitution est donc élaborée.

La Constitution de l'an III est adoptée le 22 août 1795, puis approuvée par référendum. Elle constitue le fondement juridique du Directoire. Contrairement à la Constitution de 1793, qui n'avait jamais été appliquée, elle entre réellement en vigueur.

Les auteurs de cette Constitution se méfient profondément de la concentration du pouvoir. Ils veulent empêcher qu'un homme ou qu'une assemblée puisse dominer l'ensemble des institutions.

Le système repose donc sur une séparation très stricte des pouvoirs.


Une République organisée autour de cinq Directeurs :


Le pouvoir exécutif est confié à cinq hommes : les Directeurs.

Ils sont choisis par le pouvoir législatif selon une procédure destinée à empêcher qu'un seul individu puisse s'emparer du gouvernement. Le Conseil des Cinq-Cents propose une liste de candidats et le Conseil des Anciens choisit les Directeurs.

Le Directoire est donc un exécutif collégial.

Cette organisation répond directement aux inquiétudes provoquées par les années précédentes. Après l'expérience du gouvernement révolutionnaire et de la domination du Comité de salut public, les constituants veulent éviter l'apparition d'un nouveau pouvoir personnel.

Mais cette prudence va également devenir l'une des faiblesses du régime.

Le pouvoir législatif est lui-même divisé en deux assemblées.

Le Conseil des Cinq-Cents est chargé notamment de proposer les lois. Le Conseil des Anciens doit ensuite les accepter ou les rejeter.

La Constitution établit ainsi un système complexe de contre-pouvoirs. Le problème est que les relations entre les différentes institutions peuvent rapidement devenir conflictuelles.

Les Directeurs ne peuvent pas dissoudre les assemblées. De leur côté, les assemblées ne peuvent pas renverser directement le Directoire.

Il existe donc peu de moyens institutionnels pour régler un conflit politique majeur entre l'exécutif et le législatif. L'Assemblée nationale souligne d'ailleurs que cette séparation très rigide ne prévoyait pas véritablement de mécanisme permettant de résoudre ces crises.


Qui vote sous le Directoire ?


Le Directoire n'instaure pas le suffrage universel masculin tel qu'il avait été prévu en 1793.

La Constitution de l'an III rétablit un système de suffrage censitaire indirect. La participation politique dépend donc notamment de conditions liées à la résidence et à la contribution fiscale.

Le système distingue les citoyens participant aux assemblées primaires et les électeurs du second degré, dont les conditions d'accès sont plus restrictives. L'Assemblée nationale indique qu'environ six millions de citoyens pouvaient participer au premier degré du processus électoral, tandis que le nombre d'électeurs du second degré était beaucoup plus limité.

Le Directoire est ainsi une République, mais une République qui cherche à limiter l'influence politique des masses populaires.

Cette volonté s'explique en partie par la peur d'un retour aux journées révolutionnaires de 1792, 1793 et 1794.

Les dirigeants souhaitent une République plus modérée, fondée sur la propriété et sur une participation politique contrôlée.


Une France épuisée par la Révolution :


Le nouveau régime hérite d'une situation particulièrement difficile.

La France sort de plusieurs années de bouleversements politiques et militaires. L'économie fonctionne mal, les prix augmentent et la monnaie révolutionnaire, les assignats, perd progressivement sa valeur.

Les difficultés d'approvisionnement touchent une partie de la population.

La situation est également marquée par les inégalités. Tandis que certains profitent des nouvelles possibilités économiques, une partie de la population connaît toujours la pauvreté.

L'Assemblée nationale décrit cette période comme marquée par une pénurie alimentaire persistante, la dépréciation des assignats et l'apparition d'une bourgeoisie enrichie par la spéculation.

Dans les rues de Paris, les tensions restent fortes.

La Révolution n'est donc pas véritablement terminée. Elle a changé de forme.


Les ennemis du Directoire :


Le régime doit affronter des adversaires provenant de plusieurs horizons.

À droite, les royalistes souhaitent le retour de la monarchie. La mort de Louis XVI n'a pas fait disparaître le courant monarchiste, et les élections peuvent donner une place importante aux partisans d'une restauration.

À gauche, les républicains les plus radicaux reprochent au Directoire son conservatisme.

Le régime doit également surveiller les mouvements populaires et les groupes révolutionnaires qui souhaitent poursuivre la transformation politique et sociale commencée en 1789.

La Conjuration des Égaux, organisée autour de François-Noël Babeuf, constitue l'un des exemples les plus connus de cette opposition radicale.

Babeuf et ses compagnons souhaitent établir une société plus égalitaire. Leur projet est découvert en 1796 et la conjuration est réprimée.

Le Directoire apparaît alors pris entre plusieurs dangers : les monarchistes, les révolutionnaires radicaux et les difficultés économiques.


Le 13 Vendémiaire : Bonaparte entre dans l'histoire :


Avant même de devenir le maître de la France, Bonaparte s'est fait remarquer pendant les dernières années de la Révolution.

Le 13 Vendémiaire an IV, correspondant au 5 octobre 1795, une insurrection royaliste menace le pouvoir à Paris.

Le jeune général Napoléon Bonaparte participe à la défense du gouvernement.

L'épisode contribue fortement à sa réputation.

Quelques mois plus tard, il reçoit le commandement de l'armée d'Italie.

C'est en Italie que sa carrière prend une nouvelle dimension.


Les victoires de Bonaparte en Italie :


En 1796, Bonaparte prend la tête de l'armée d'Italie.

La campagne est spectaculaire.

Les troupes françaises remportent plusieurs victoires contre les forces autrichiennes et leurs alliés. Bonaparte impose rapidement son image de général victorieux.

Il ne se contente pas de conduire ses soldats. Il comprend également l'importance de la communication.

Ses proclamations contribuent à construire sa réputation auprès de l'opinion française.

Les victoires militaires permettent par ailleurs au gouvernement de bénéficier de ressources financières importantes.

Mais cette réussite contient un danger.

Le général devient progressivement plus populaire que les dirigeants civils du régime.

Le Directoire a besoin de ses armées, mais il doit aussi se méfier du poids politique croissant de leurs chefs.


Le coup d'État du 18 Fructidor :


Les élections de 1797 renforcent les royalistes dans les assemblées.

Pour les Directeurs, cette situation représente une menace.

Le 18 Fructidor an V, soit le 4 septembre 1797, le pouvoir réagit par un coup de force contre les royalistes.

Des députés sont arrêtés ou invalidés et les résultats de certaines élections sont annulés.

Le régime montre ainsi qu'il est prêt à utiliser la force pour empêcher une restauration monarchique.

Cette pratique révèle cependant la fragilité du système.

Lorsque les institutions ne permettent plus de résoudre les conflits politiques, le recours au coup d'État devient une solution.

Le problème est qu'en utilisant cette méthode contre ses adversaires, le Directoire affaiblit lui-même la légitimité constitutionnelle du régime.


Un régime qui se fragilise :


Le 18 Fructidor n'est pas un épisode isolé.

En 1798, le Directoire intervient encore dans le processus électoral pour limiter la progression de ses adversaires.

En 1799, la situation politique devient encore plus difficile.

Les élections renforcent les oppositions au gouvernement. Le conflit entre les assemblées et le Directoire se poursuit.

L'Assemblée nationale rappelle que les crises politiques de 1797, 1798 et 1799 entraînent successivement des coups de force dirigés contre des adversaires de droite ou de gauche.

Le régime perd progressivement la confiance d'une partie de la population.

La corruption réelle ou supposée des dirigeants nourrit également les critiques.

Paul Barras, l'une des figures les plus importantes du Directoire, devient notamment associé dans l'opinion à une vie politique marquée par le luxe et les intrigues.

Le Directoire n'est pourtant pas simplement une période de décadence.

Il reste un régime républicain qui tente de fonctionner dans des circonstances extrêmement difficiles.

Mais son fonctionnement institutionnel rend les compromis compliqués.


La guerre et l'expansion française :


La guerre occupe une place centrale dans l'histoire du Directoire.

La France continue de combattre les monarchies européennes qui cherchent à contenir la Révolution.

Les victoires militaires permettent au régime de survivre.

Elles contribuent aussi à transformer la France en puissance dominante sur une partie du continent.

Les campagnes d'Italie de Bonaparte constituent un moment essentiel.

En 1798, la France lance également l'expédition d'Égypte.

Bonaparte espère notamment atteindre les intérêts britanniques en Méditerranée et en Orient.

L'expédition connaît des succès militaires, mais la flotte française est détruite par les Britanniques lors de la bataille d'Aboukir.

Bonaparte se retrouve alors dans une situation délicate.

En 1799, il décide pourtant de quitter l'Égypte et de rentrer en France.

Son retour intervient alors que le Directoire traverse une crise politique profonde.


Sieyès cherche une solution :


En 1799, Emmanuel-Joseph Sieyès devient Directeur.

Personnage important de la Révolution depuis 1789, Sieyès considère que les institutions de l'an III ne permettent plus de gouverner efficacement.

Il cherche donc à modifier le système.

Mais il lui manque un élément essentiel : un homme capable d'apporter un soutien militaire au projet.

Bonaparte apparaît comme le candidat idéal.

Le général est populaire, prestigieux et dispose d'une armée.

Sieyès et ses alliés vont donc préparer avec lui un changement de régime.

Le Directoire est désormais extrêmement vulnérable.


Le 18 Brumaire : la fin du Directoire :


Les 18 et 19 Brumaire an VIII correspondent aux 9 et 10 novembre 1799.

Le coup d'État commence par une manœuvre destinée à déplacer les Conseils hors de Paris, à Saint-Cloud.

Bonaparte intervient ensuite directement dans la vie politique.

La journée du 19 Brumaire est particulièrement confuse. Le général rencontre l'opposition d'une partie des députés du Conseil des Cinq-Cents.

Son frère Lucien Bonaparte, qui préside alors cette assemblée, joue un rôle important dans la suite des événements.

Finalement, les parlementaires favorables au coup d'État font voter la suppression du Directoire et la création d'une commission consulaire exécutive.

Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos deviennent consuls provisoires.

La Constitution de l'an III disparaît.

Une nouvelle période commence : le Consulat.

L'Assemblée nationale considère le coup d'État des 18 et 19 Brumaire comme l'événement qui met fin au Directoire et ouvre la voie à la nouvelle organisation politique autour de Bonaparte.


Pourquoi le Directoire a-t-il échoué ?


Il serait trop simple d'expliquer la chute du Directoire par la seule ambition de Bonaparte.

Le régime souffre de problèmes plus profonds.

D'abord, ses institutions sont extrêmement rigides. Le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif disposent de peu de moyens pour résoudre leurs désaccords.

Ensuite, la société française reste profondément divisée après dix années de révolution.

Les royalistes veulent revenir à la monarchie. Les républicains radicaux souhaitent poursuivre la Révolution. Les modérés cherchent avant tout à préserver leurs acquis et à éviter une nouvelle période de violence.

Enfin, la situation économique demeure difficile et les guerres pèsent lourdement sur le pays.

Les succès militaires permettent au régime de gagner du temps, mais ils donnent aussi aux généraux une influence croissante.

Le Directoire est donc pris dans une contradiction.

Il souhaite un pouvoir suffisamment fort pour maintenir l'ordre, mais il a été construit précisément pour empêcher la concentration du pouvoir.

Le Directoire, une étape essentielle de la Révolution française

Le Directoire occupe une place particulière dans l'histoire de France.

Il est souvent éclipsé par les événements qui l'entourent : la Terreur avant lui et le Consulat puis l'Empire après lui.

Pourtant, il permet de comprendre comment la République révolutionnaire tente de se stabiliser après les années les plus violentes de la Révolution.

C'est également sous le Directoire que Bonaparte devient une figure politique incontournable.

La fin du régime ne signifie pas la disparition immédiate des acquis de la Révolution.

Au contraire, le Consulat conserve certains principes hérités de 1789 tout en renforçant considérablement le pouvoir exécutif.

Le Directoire apparaît ainsi comme une période de transition.

La République cherche à se protéger contre les extrêmes, mais elle finit par s'affaiblir face aux conflits politiques et à l'instabilité.


De la Révolution à Napoléon :


Le 18 Brumaire ne signifie pas que toute la Révolution disparaît soudainement.

Le nouveau régime conserve une partie de son héritage.

Mais l'équilibre des pouvoirs change profondément.

Avec le Consulat, l'exécutif devient beaucoup plus puissant. Bonaparte prend rapidement une place dominante et devient Premier consul.

Quelques années plus tard, il deviendra empereur.

Le Directoire constitue donc l'une des dernières étapes de la Révolution française avant l'installation durable d'un pouvoir personnel.

Son histoire permet de comprendre une question essentielle de la période révolutionnaire : comment concilier liberté politique, stabilité et autorité après l'effondrement de l'Ancien Régime ?

Le Directoire n'a pas trouvé de réponse durable à cette question, mais son échec a profondément marqué la suite de l'histoire politique française.

Entre 1795 et 1799, la France expérimente une République fondée sur une séparation très stricte des pouvoirs, tente de sortir de la violence révolutionnaire, affronte ses adversaires intérieurs et extérieurs et voit émerger une nouvelle génération de dirigeants.

Parmi eux, Bonaparte comprend mieux que beaucoup d'autres une réalité nouvelle : dans une France épuisée par les crises politiques, militaires et économiques, le prestige d'un chef victorieux peut devenir une force politique considérable.


Le 18 Brumaire transforme cette force en pouvoir. Le Directoire disparaît.


La Révolution française entre alors dans une nouvelle phase.


Les Passeurs de Culture - Octobre 2026



Pour aller plus loin, vous pouvez lire :


Une Page d’Histoire     >     Le Directoire


Le Directoire : la République française de 1795 à 1799.