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Une Page d’Histoire.


La Terreur :

un régime d’exception révolutionnaire

pour sauver la République.

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La Terreur est la période la plus radicale et la plus sanglante de la Révolution française, s’étendant principalement de septembre 1793 à juillet 1794. Elle se caractérise par la mise en place d’un gouvernement d’exception, une répression massive des « ennemis de la Révolution » et l’usage systématique de la guillotine comme instrument politique. Cette période reste un fait historique majeur, car elle interroge les limites entre sécurité nationale, justice et liberté, et prépare durablement la mémoire politique de la France et de l’Europe.


Au printemps 1793, la France est en guerre contre plusieurs puissances européennes (Autriche, Prusse, Royaume-Uni, Espagne, etc.) qui forment une coalition visant à détruire la Révolution et à restaurer la monarchie absolue. La frontière est menacée sur plusieurs points et les armées françaises sont mises sous une pression extrême. Cette situation d’urgence militaire nourrit la conviction chez les révolutionnaires que la République ne peut être sauvée que par une mobilisation totale et une répression sans faille des ennemis intérieurs.


La menace extérieure s’accompagne de crises internes majeures.


Dans l’ouest de la France, notamment en Vendée, des soulèvements populaires et religieux contre la Révolution éclatent : ils sont liés à la déchristianisation, à la constitution civile du clergé et à la levée en masse. Ces révoltes, souvent perçues comme des guerres civiles contre-révolutionnaires, entraînent une violence extrême des deux côtés et contribuent à justifier, aux yeux des Montagnards, un régime de terreur comme moyen de « sauver la République ».


La situation économique est également catastrophique : inflation, pénuries alimentaires, disette dans les villes, et tensions sociales entre bourgeois, sans-culottes et paysans. Politiquement, la Convention est divisée entre Girondins (plus modérés) et Montagnards (plus radicaux), avec des luttes de pouvoir qui s’accentuent. L’assassinat de Marat par Charlotte Corday en juillet 1793 et la chute des Girondins en juin renforcent la domination des Montagnards et la volonté de mettre la Terreur « à l’ordre du jour » pour faire face aux périls intérieurs et extérieurs.


Pour répondre à ces crises, la Convention crée ou renforce plusieurs institutions clés :

- Le Comité de Salut public, institué le 6 avril 1793 et progressivement transformé en organe exécutif central, dirigé notamment par Robespierre, Saint-Just et Couthon.

- Le Comité de Sûreté générale, chargé de la police politique et de la surveillance des suspects.

- Le Tribunal révolutionnaire, une juridiction d’exception qui juge sans appel les ennemis de la Révolution.


Le 5 septembre 1793, face à l’invasion des sans-culottes dans la salle de la Convention, la Terreur est officiellement mise « à l’ordre du jour ».


La loi des suspects du 17 septembre 1793 donne un pouvoir d’arrestation très large : elle permet de cibler « ceux qui, n’ayant rien fait contre la liberté, n’ont aussi rien fait pour elle ». Cette formule vague ouvre la porte à une répression massive, où l’opinion, les relations, la religion ou simplement le silence peuvent devenir des motifs d’inculpation.


D’autres mesures renforcent ce contrôle :

- Création des comités de surveillance dans les communes et les sections.

- Adoption du maximum général le 29 septembre 1793, qui fixe un prix maximal aux denrées de première nécessité, première forme d’économie administrée par un gouvernement.

- Mise en place de la levée en masse le 16 août 1793 pour renforcer l’armée.


La Terreur commence par une répression contre les royalistes, les Girondins et les « ennemis avérés » de la Révolution. Marie-Antoinette est exécutée en octobre 1793, de nombreux Girondins (Brissot…) sont guillotinés, et Danton tombera lui aussi en avril 1794.


Le décret du 22 prairial an II (10 juin 1794) marque le tournant vers la « Grande Terreur » : il supprime la défense pour les accusés et prévoit uniquement la peine de mort pour les « ennemis du peuple ». Durant les 47 jours suivants, 1 376 personnes sont condamnées et exécutées à Paris, dont des figures intellectuelles comme Lavoisier ou le poète André Chénier.


Le bilan humain de la Terreur est lourd : on estime à environ 16 000 à 40 000 le nombre de victimes de la guillotine et des exécutions sommaires, auxquels s’ajoutent les centaines de milliers de morts dans la guerre de Vendée (environ 200 000).


La Terreur s’arrête non pas par une réforme progressive, mais par un coup politique interne : le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), la Convention se soulève contre le pouvoir dictatorial du Comité de Salut public. Robespierre, Saint-Just et leurs principaux soutiens sont arrêtés et, le 10 thermidor (28 juillet 1794), guillotinés sans véritable procès. Cet événement marque la fin officielle de la Terreur et ouvre la « réaction thermidorienne », qui va progressivement instaurer le Directoire.


La Terreur a laissé un traumatisme profond dans la société française. Des dizaines de milliers de morts, des familles détruites, des communautés divisées entre « républicains » et « contre-révolutionnaires ». La violence d’État, les arrestations arbitraires et les exécutions sommaires ont durablement marqué les esprits et alimenté une mémoire conflictuelle de la Révolution.


Elle a aussi renforcé la déchristianisation : persécution des prêtres réfractaires, fermeture d’églises, création de cultes révolutionnaires (culte de l’Être suprême). Cette rupture religieuse et culturelle demeure un sujet de tension dans la mémoire nationale.


La Terreur a montré qu’une république pouvait fonctionner, mais sous un régime d’exception centralisé, avec un pouvoir exécutif très concentré (Comité de Salut public) et une justice politique dévoyée. Après Thermidor, les révolutionnaires tentent de rétablir un équilibre plus démocratique, mais la peur de retrouver une nouvelle Terreur influence durablement les choix politiques :

- Mise en place du Directoire (1795–1799), plus modéré mais instable.

- Crainte d’un retour à la dictature, qui contribue à la montée du pouvoir militaire et, plus tard, à l’Empire de Napoléon.


La Terreur est devenue, dans l’imaginaire collectif, le symbole d’une révolution qui « dévore ses enfants » : une période où la poursuite de la liberté et de l’égalité s’est transformée en dictature sanguinaire. Elle nourrit depuis deux siècles des débats fondamentaux :

- Peut-on justifier la violence politique au nom de la défense de la République ?

- Quelle est la limite entre sécurité nationale et droits individuels ?

- La Révolution française est-elle un modèle de liberté ou un modèle de terreur ?


La Terreur marque le passage d’une Révolution plutôt libérale et bourgeoise (1789–1792) à une phase plus radicale, populaire et centralisée. Elle transforme la nature du pouvoir : la Convention devient progressivement un tribunal, le gouvernement exécutif se concentre dans un comité, et la justice devient politique.


Ce changement de registre est crucial : il montre que la République peut survivre, mais aussi qu’elle peut se transformer en appareil de répression quand elle est mise sous pression. Cela influencera toute la pensée politique française, notamment les débats sur la démocratie, la révolution et la violence d’État.


La Terreur est souvent considérée comme un « laboratoire » de formes politique modernes :

- Centralisation du pouvoir : le Comité de Salut public concentre les décisions politiques, militaires et économiques.

- Politisation de la justice : le Tribunal révolutionnaire ne juge pas seulement des crimes, mais des « opinions » et des « intentions ».

- Contrôle de la société : comités de surveillance, arrestations, lois économiques (maximum), propagande révolutionnaire.


Ces mécanismes préfigurent, selon certains historiens, des régimes autoritaires ou totalitaires du XXème siècle, ce qui rend la Terreur particulièrement importante pour comprendre les risques de la démocratie en temps de crise.


La Terreur a profondément influencé l’histoire politique européenne :

- Pour les républicains et les révolutionnaires du XIXème siècle (1830, 1848, 1870–1871), elle est souvent vue comme un exemple de déviation, mais aussi comme une preuve que la République peut être défendue par la force.

- Pour les conservateurs et les monarchistes, elle devient le symbole de la « tyrannie révolutionnaire », alimentant une critique durable de la Révolution et de toute tentative de changement radical.


Cette dualité, modèle de défense de la liberté et exemple de terreur, fait de la Terreur un fait historique central, non seulement pour la Révolution française, mais pour l’histoire politique moderne de l’Europe et du monde.


En résumé, la Terreur est une période de crise totale (guerre, révoltes, économie, politique) où la Révolution française répond par un régime d’exception violent et centralisé. Son déroulement, ses conséquences humaines et politiques, et sa symbolique durable en font un événement majeur de l’histoire : il pose des questions fondamentales sur la liberté, la violence politique et les limites de la démocratie, qui restent pleinement actuelles aujourd’hui.


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Juillet 2026


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