Les Passeurs de Culture
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Une Page d’Histoire. La Saint-Barthélemy, une tuerie de masse.
Le 24 août 1572, alors que la France semble rejoindre la paix après plusieurs années de guerres sanglantes, un événement d'une violence inouïe bouleverse le royaume : le massacre de la Saint-Barthélemy. En temps de paix, des milliers de protestants sont tués à Paris sur ordre royal, avant que le massacre ne se propage dans toute la France. Cet épisode, le plus violent des trente-six années de conflits religieux qui secouent le royaume à l'époque moderne (1562-1598), marque un tournant décisif dans l'histoire française.
La seconde moitié du XVIe siècle constitue une période de violences extrêmes au cours de laquelle assassinats et massacres se multiplient en France. Ces tueries trouvent leur paroxysme lors de la Saint-Barthélemy, en août 1572. La France a connu en réalité huit guerres de Religion entre 1562 et 1598, commencées par des troubles sous François Ier et conclues par l'Édit de Nantes en 1598.
Ces conflits opposent catholiques et huguenots (protestants français) dans un contexte de fortes tensions et de haine mutuelle. Chaque strate de la société française paie un lourd tribu aux conflits entre protestants et catholiques, avec des pertes humaines et matérielles considérables.
En cette année 1572, après plusieurs guerres sanglantes, le succès de la pacification semble à portée de main. La reine-mère Catherine de Médicis, loin d'être une fanatique religieuse comme la légende noire l'a dépeinte, est au contraire une fine politique « machiavélique » au vrai sens du terme. Pour cette femme qui a lu Machiavel, les intérêts de l'État (et donc la paix civile) primeront toujours sur ceux de sa religion.
Depuis l'éclatement des guerres de Religion dix ans plus tôt, toute son énergie passe dans l'exploration des voies de pacification. Le rapprochement du roi Charles IX et de sa mère avec l'amiral de Coligny, chef du parti huguenot, ainsi que le mariage entre Henri de Navarre (futur Henri IV) et la sœur du roi, Marguerite de Valois, semblent augurer une issue favorable.
L'union a lieu le 18 août 1572 à Paris en présence de tous les gentilshommes et chefs militaires du parti protestant. Les fêtes entourant les noces célèbrent la paix, l'harmonie et la concorde. Malgré les nombreuses festivités qui ont lieu dans la capitale à cette occasion, cette union controversée est loin de régler le problème, ni de faire l'unanimité dans les deux camps.
Mais le 22 août, un coup d'arquebuse vient faire trembler le frêle édifice construit par Catherine et son fils. Si le coup manque de tuer sa cible (l'amiral de Coligny), ses conséquences sont pourtant catastrophiques. Les huguenots, convaincus qu'il s'agit d'un coup des ultra-catholiques menés par la famille des Guise, réclament justice au roi et sont prêts à la rendre eux-mêmes si le souverain s'y refuse.
La coupe est pleine : pour Charles IX, qui a déjà beaucoup concédé aux hérétiques, cette menace met en cause l'exercice de sa justice et donc sa souveraineté. Pour lui, il ne s'agit rien moins que d'un crime de lèse-majesté. Sans aucune forme de rouerie, Charles estime que « l'amour de son peuple » (selon le mot de l'historien Denis Crouzet) nécessite de passer à l'acte : les principaux chefs politiques du parti huguenot, ceux que l'on appelle « huguenots de guerre », sont à sa merci et il faut en profiter pour frapper.
Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélémy, un massacre de protestants ensanglante la ville de Paris avant de se répéter dans le royaume. Vers 2 h 30 du matin, le tocsin de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois retentit dans les rues de la capitale, alertant ses habitants d'un danger.
Durant la nuit du 24 août, une cinquantaine de leaders huguenots, dont Coligny (mais pas le futur Henri IV, cousin du roi), sont surpris dans leur logis parisien et mis à mort. Le drame réel n'a cependant pas encore commencé.
Placés face à l'insolente présence des hérétiques dans leur ville, excités par des prédicateurs enflammés et épuisés par une période de chaleurs et de disettes sans pareil, les Parisiens se lancent à leur tour dans la chasse aux hérétiques. Cette « seconde Saint-Barthélemy », celle du peuple, fera selon les estimations quelque 2000 morts dans la capitale.
Descendu dans la rue, le peuple constate les premiers meurtres et prend part à son tour à la folie, tuant hommes, femmes et enfants sans distinction. Le massacre généralisé ensanglante Paris pendant trois jours et se répand dans d'autres villes. Les tueries s'enchaînent pendant trois jours durant, sans que le roi ne puisse mettre fin à la folie.
Si elle n'a pas été préméditée comme on le croit souvent, elle fera tache d'huile puisque, comme un virus, le flot des massacres se propage dans tout le pays. De nombreux corps des défunts sont traînés sur les quais et jetés dans la Seine. Le fleuve déverse les dépouilles sur les berges ou aux pieds de la colline de Chaillot (aujourd'hui aux alentours du Trocadéro). Les corps repêchés sont exposés au public, puis inhumés près du cimetière des Innocents.
Le massacre de la Saint-Barthélemy est l'épisode le plus connu et le plus violent des guerres de Religion.
Au total, près de 3000 protestants ont été tués à Paris, et entre 20 000 et 30 000 sont assassinés dans toute la France. Bilan ? C'est la pire tuerie qu'ait connue la France au cours des trente-six années de conflits religieux qui secouent le royaume à l'époque moderne (1562-1598).
La sanglante nuit de la Saint-Barthélemy entraîne le pays dans une quatrième guerre de religion, qui dure huit mois. Les catholiques assiègent les places fortes protestantes mais ils échouent devant La Rochelle, où la paix est signée à l'été 1573. Elle est suivie d'un édit de pacification.
Cette guerre marque la rupture de la tentative de conciliation et renforce considérablement les tensions entre les deux camps.
Une conséquence très importante est la rupture de confiance qui est consécutive à ce massacre entre le roi et ses sujets. Dans la mythologie monarchique, le roi est le garant de la paix et de la justice pour tous ses sujets. Le massacre de la Saint-Barthélemy brise cette relation fondamentale.
Si Charles IX est décrié dans toute l'Europe pour un massacre de masse qu'il n'a pas voulu, les protestants restés en France ne s'en remettront pourtant jamais. Jusque-là, en effet, leur conviction était que la Providence se trouvait derrière leurs succès. Mais comment expliquer un massacre de cette ampleur ? N'était-ce pas finalement le châtiment de leurs errances ?
Le traumatisme est immense : nombre de huguenots prennent la route de l'exode. Ce qui est sûr, c'est que c'est bien à partir de ce funeste mois d'août 1572 que les protestants commencent à douter de leur capacité à convertir leur royaume et qu'ils entrent petit à petit, mais non moins sûrement, dans une logique minoritaire qui est toujours la leur de nos jours.
La Saint-Barthélemy fait partie de « ces journées qui ont fait la France ». C'est un tournant dans les guerres de Religion, la date qui marque le début du repli du protestantisme en France et de facto de la construction de son identité de minorité persécutée et résistante.
Au sein du parti protestant, c'est la fin d'une génération puisque la première génération de ceux qui avaient pris les armes (le prince de Condé, Gaspard de Coligny) meurent de la Saint-Barthélemy. On a le passage à une seconde génération de chefs.
Cette perte massive de dirigeants protestants modifie considérablement la structure du parti huguenot et sa capacité d'organisation.
Cet événement tragique, épisode le plus connu et le plus violent des guerres de Religion, est un des épisodes marquants de l'histoire de France.
L'événement souffre pourtant de son succès dans la mémoire collective. Il est ainsi difficile de se débarrasser de la légende noire entourant Catherine de Médicis, la « Florentine » empoisonneuse et calculatrice, d'ailleurs dépeinte sous les traits d'une mante religieuse par l'un des tout premiers illustrateurs du massacre, l'artiste suisse François Dubois.
La Saint-Barthélemy, expression du fanatisme religieux, rappelle la nécessité d'un État au-dessus des religions. Elle légitime ainsi la République laïque garante de la paix civile.
Ce retour régulier de la mémoire de la Saint-Barthélemy n'est pas neutre. Le massacre n'est pas totalement passé de la mémoire collective : certes l'événement commence à dater, pourtant une plaque commémorative a été apposée en 2016 au Pont-Neuf, un nouveau livre est paru en 2021, et un colloque est prévu à la Sorbonne.
Le massacre de la Saint-Barthélemy a inspiré de nombreuses œuvres littéraires, musicales ou cinématographiques à travers les siècles. Qui ne se souvient de Jeanne Moreau ou d'Isabelle Adjani sous les traits de Marguerite de Valois (la reine Margot) ?
La « seconde Saint-Barthélemy », celle du peuple, a donné naissance, dans l'historiographie et ensuite dans la littérature, à une véritable légende noire. Pourtant cette légende noire possède un fond romanesque.
La Saint-Barthélemy fait partie de « ces journées qui ont fait la France ». Cet événement marque un point de rupture dans la manière dont la France conçoit la relation entre religion et pouvoir politique.
Le traumatisme profond laissé par ce massacre a contribué à la longue marche vers la laïcité française, qui s'accomplira pleinement avec la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Le massacre de la Saint-Barthélemy du 24 août 1572 reste l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire de France. Il constitue la pire tuerie des trente-six années de conflits religieux. Ce massacre en temps de paix, sur ordre royal mais dégénérant en massacre généralisé incontrôlé, marque un tournant décisif : il transforme le protestantisme français en minorité persécutée et résistante, brise la confiance entre le roi et ses sujets protestants, et entraîne le pays dans une nouvelle guerre de Religion.
Son importance historique dépasse le simple événement sanglant : il symbolise le fanatisme religieux et rappelle la nécessité d'un État au-dessus des religions, légitimant ainsi la République laïque garante de la paix civile. Mieux de 450 ans après, la mémoire de la Saint-Barthélemy reste vive, avec des commémorations régulières qui témoignent de la persistance de ce traumatisme dans l'identité nationale française.
Cet événement tragique illustre à quel point les guerres de Religion ont profondément marqué l'histoire française, contribuant à la construction progressive d'un État laïque et d'une identité nationale qui dépasse les divisions religieuses.
Les Passeurs de Culture - Juin 2026