Les Passeurs

de Culture

Les Passeurs de Culture
Qui sommes-nous ? I  Plan du site  I  Mentions légales
Mise à jour octobre 2026  l  06 31 76 89 41
les-passeurs-de-culture@gmail.com

les-passeurs-de-culture-instagram.jpgles-passeurs-de-culture-facebook.jpg
AccueilQuestions de cultureRegards croisésHistoireArtsLittératureBlog

Une Page d’Histoire

>    La guerre d’Espagne

Pourquoi cette guerre a-t-elle éclaté ? Comment Francisco Franco a-t-il remporté la victoire ? Et pourquoi le conflit espagnol occupe-t-il une place si importante dans l’histoire de l’Europe ?


Une Espagne profondément divisée :


Au début des années 1930, l’Espagne est un pays où les inégalités sociales restent considérables. Dans certaines régions rurales, de grands propriétaires possèdent d'immenses domaines tandis que de nombreux paysans vivent dans la pauvreté. Les ouvriers des villes, notamment en Catalogne et dans les Asturies, réclament de meilleures conditions de travail. Les tensions sociales sont également nourries par la question du pouvoir de l’Église, le rôle de l’armée et les revendications autonomistes de certaines régions.

La monarchie d’Alphonse XIII, fragilisée par les crises politiques, disparaît en 1931. La Deuxième République est proclamée le 14 avril. Elle suscite de grands espoirs chez ceux qui souhaitent moderniser le pays, développer l’éducation, réformer l’armée et réduire le poids des grands propriétaires terriens.

Le gouvernement républicain entreprend plusieurs réformes. La place de l’Église dans la société est remise en question, des mesures sont prises en faveur de l’instruction publique et une réforme agraire cherche à répondre aux revendications paysannes. La Catalogne obtient également un statut d’autonomie.

Ces changements inquiètent profondément les milieux conservateurs. Une partie de l’armée, les monarchistes, les grands propriétaires et les organisations catholiques redoutent une transformation trop radicale de la société. À gauche, les républicains, les socialistes, les communistes et les anarchistes ne s’accordent pas toujours sur les moyens de parvenir à une société plus juste.

Les tensions s’aggravent au fil des années. En octobre 1934, une insurrection éclate notamment dans les Asturies. Sa répression fait de nombreuses victimes et creuse davantage le fossé entre les adversaires politiques.

En février 1936, le Front populaire, une coalition de gauche, remporte les élections législatives. Le retour des réformes provoque de nouvelles inquiétudes à droite, tandis que les mouvements ouvriers réclament des changements plus rapides. Les violences politiques se multiplient.

L’Espagne ne bascule pourtant pas dans la guerre civile parce que deux camps parfaitement homogènes se seraient spontanément affrontés. Le pays est traversé par des conflits sociaux, religieux, régionaux et politiques qui s’entrecroisent.


Juillet 1936 : le coup d’État qui déclenche la guerre :


Le 17 juillet 1936, une insurrection militaire commence au Maroc espagnol avant de s’étendre à la péninsule le lendemain. Elle va transformer cette crise profonde en guerre ouverte. Plusieurs généraux veulent renverser le gouvernement républicain. Parmi eux figure Francisco Franco, un officier qui s’est distingué dans les campagnes militaires menées au Maroc.

Le soulèvement ne réussit pas à prendre le contrôle de l’ensemble du pays. À Madrid, Barcelone et dans d’autres villes, des militaires restent fidèles à la République, tandis que des ouvriers et des militants organisent la résistance. Ailleurs, les insurgés prennent rapidement le pouvoir.

L’Espagne se retrouve divisée en deux zones. D’un côté, le gouvernement républicain conserve notamment Madrid et plusieurs grandes régions industrielles. De l’autre, les militaires insurgés contrôlent des territoires importants et cherchent à conquérir le reste du pays.

Le coup d’État devait renverser la République, mais son échec partiel entraîne une guerre qui va durer près de trois ans.

Les deux camps sont eux-mêmes traversés par des divisions. Les forces nationalistes rassemblent des militaires, des monarchistes, des conservateurs, des traditionalistes catholiques et les militants de la Phalange, mouvement d’inspiration fasciste. Leur objectif commun est de détruire l’ordre politique républicain, même si leurs projets pour l’avenir de l’Espagne ne sont pas identiques.

Dans le camp républicain, les républicains modérés, les socialistes, les communistes et les anarchistes défendent la République pour des raisons différentes. Certains souhaitent préserver les institutions démocratiques ; d’autres veulent profiter de la guerre pour transformer radicalement la société. Ces désaccords compliquent parfois l’organisation de la résistance.

Dès les premières semaines, les violences sont extrêmes. Des exécutions sommaires, des représailles et des persécutions politiques frappent les populations des deux zones. Des prêtres, des militants de gauche, des propriétaires, des syndicalistes et de simples civils sont pris pour cibles selon les territoires et les circonstances. La guerre devient aussi une lutte contre l’ennemi intérieur.


Une guerre civile qui devient européenne :


La guerre d’Espagne attire rapidement l’attention des grandes puissances. L’avenir du pays semble lié à une question qui divise alors toute l’Europe : le fascisme peut-il être arrêté, ou va-t-il poursuivre son expansion ?

L’Allemagne nazie d’Adolf Hitler et l’Italie fasciste de Benito Mussolini apportent une aide militaire décisive aux insurgés. Des avions, des armes, du matériel et des soldats contribuent à renforcer les troupes de Franco. L’aviation allemande permet notamment de transporter des forces militaires depuis le Maroc espagnol vers la péninsule.

L’Union soviétique soutient, de son côté, la République en lui fournissant des armes, des avions, des chars et des conseillers militaires. Le Mexique apporte également son soutien au gouvernement républicain.

La France et le Royaume-Uni défendent officiellement une politique de non-intervention. Un accord international est conclu en 1936 afin d'empêcher les puissances étrangères de fournir des armes aux belligérants. Dans les faits, cet engagement est largement contourné. L'Allemagne et l'Italie continuent d'aider Franco, tandis que la République rencontre des difficultés pour se procurer du matériel militaire.

Cette situation contribue à déséquilibrer le rapport de forces. L'aide étrangère ne suffit pas à expliquer à elle seule la victoire franquiste, mais elle joue un rôle majeur dans le déroulement du conflit.

Des milliers de volontaires étrangers rejoignent également les Brigades internationales pour défendre la République. Venus de nombreux pays, ils sont ouvriers, intellectuels, militants politiques ou antifascistes. Ils considèrent souvent l'Espagne comme le premier front d'une lutte plus vaste contre les dictatures.

La guerre prend ainsi une dimension symbolique exceptionnelle. Pour une partie de l'opinion internationale, l'Espagne représente l'espoir de stopper la progression du fascisme. Pour d'autres, elle incarne la menace d'une révolution communiste. Les journaux, les écrivains et les artistes suivent les événements avec passion.

L'Espagne devient un laboratoire militaire. Les bombardements aériens, l'emploi de nouvelles armes et la coopération entre aviation et forces terrestres annoncent certaines méthodes qui seront utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale.


Guernica : le bombardement qui bouleverse le monde :


Au printemps 1937, les nationalistes poursuivent la conquête du nord de l'Espagne. Le Pays basque, région industrielle et symboliquement importante pour les républicains, constitue un objectif stratégique.

Le 26 avril 1937, la ville de Guernica est bombardée par des avions de la Légion Condor allemande et des appareils italiens engagés aux côtés de Franco. La ville est en grande partie détruite. Le nombre exact de victimes reste discuté par les historiens, mais l'attaque provoque une immense émotion internationale.

Guernica n'est pas seulement un épisode militaire. La ville possède une importance particulière pour les Basques, dont les traditions politiques sont liées à l'idée d'autonomie. La destruction de ce centre civil révèle la puissance meurtrière de l'aviation moderne.

L'événement inspire Pablo Picasso, qui travaille alors à une commande destinée au pavillon espagnol de l'Exposition internationale de Paris. Il réalise Guernica, une toile monumentale où se mêlent corps démembrés, animaux blessés, visages déformés et expressions de terreur.

Le tableau ne cherche pas à raconter précisément le déroulement du bombardement. Picasso construit une scène de souffrance où la guerre apparaît comme une force aveugle qui écrase les êtres humains. L'absence de couleurs renforce l'impression de deuil et rappelle les photographies publiées dans la presse.

Avec Guernica, l'art devient un moyen de témoigner, de dénoncer et de transmettre la mémoire d'un événement historique. L'œuvre dépasse rapidement les frontières espagnoles et s'impose comme l'un des grands symboles artistiques de la violence faite aux civils.

La guerre inspire aussi des écrivains et des journalistes étrangers, parmi lesquels Ernest Hemingway, George Orwell et Arthur Koestler, qui témoignent, chacun à leur manière, de la complexité du conflit. Leurs récits montrent que l'engagement politique ne protège ni des désillusions ni des divisions internes.


De la bataille de Madrid à la victoire de Franco :


À l'automne 1936, les troupes nationalistes avancent vers Madrid. La capitale devient l'un des principaux objectifs de Franco. Les combats y sont particulièrement violents et la résistance républicaine empêche les insurgés de prendre rapidement la ville.

Les Brigades internationales participent à sa défense. Pour les républicains, Madrid symbolise la survie de la République. Sa résistance constitue un succès politique autant que militaire.

Cependant, les nationalistes disposent de moyens importants et bénéficient d'un soutien étranger régulier. En 1937, ils concentrent leurs efforts sur le nord industriel du pays. Bilbao tombe en juin, puis les autres grandes zones républicaines du nord sont progressivement conquises.

À l'intérieur du camp républicain, les tensions s'aggravent. En mai 1937, des affrontements éclatent à Barcelone entre différentes organisations de gauche. Ces divisions affaiblissent la cohésion politique et militaire du camp gouvernemental.

En juillet 1938, les républicains lancent une grande offensive sur l'Èbre, dans l'espoir de renverser le cours de la guerre. La bataille dure plusieurs mois et se termine par leur défaite. L'armée républicaine est épuisée, les ressources manquent et l'aide extérieure ne permet plus de compenser les difficultés.

À la fin de l'année 1938, les forces franquistes progressent en Catalogne. Barcelone tombe en janvier 1939. Des centaines de milliers de civils et de combattants prennent alors la route de la France pour échapper à l'avancée nationaliste.

Madrid est prise à la fin de mars. Le 1er avril 1939, Franco annonce la fin de la guerre. La République espagnole a été vaincue.

La victoire ne signifie pas le retour à la paix pour tous. Elle ouvre une longue période de dictature, marquée par la répression politique, les emprisonnements, les exécutions et l'exil de nombreux opposants.


L'exil, la répression et la dictature franquiste :


La fin des combats provoque un immense déplacement de population. En 1939, environ 500 000 réfugiés républicains franchissent la frontière française. Beaucoup sont accueillis dans des conditions difficiles et internés dans des camps improvisés, notamment dans le sud de la France.

Pour ces exilés, la défaite signifie la perte de leur pays, parfois de leurs proches et souvent de leurs biens. Certains espèrent revenir rapidement en Espagne. D'autres comprennent que la victoire de Franco ouvre une période dont ils ne peuvent prévoir la durée.

La dictature franquiste impose un pouvoir autoritaire fondé sur l'armée, le nationalisme espagnol et le conservatisme catholique. Les organisations politiques et syndicales indépendantes sont interdites ou étroitement contrôlées. Les langues et les identités régionales, notamment catalanes et basques, subissent de fortes restrictions, particulièrement dans les premières décennies du régime.

Les vaincus sont victimes de représailles. Des milliers de personnes sont exécutées après la guerre, d'autres emprisonnées ou privées de leurs droits. La peur pousse de nombreuses familles à se taire sur leur passé et sur le sort de leurs proches.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate quelques mois plus tard, l'Espagne est épuisée et profondément meurtrie. Franco ne rejoint pas officiellement les puissances de l'Axe comme belligérant, même si son régime entretient des relations avec l'Allemagne nazie et lui apporte notamment un soutien indirect. L'Espagne reste en dehors du conflit mondial, tout en demeurant marquée par les conséquences de la guerre civile.

La dictature franquiste perdure jusqu'à la mort de Franco, en novembre 1975. La transition démocratique qui suit permet progressivement de rétablir les libertés politiques. Mais les souvenirs de la guerre, les disparitions et les divisions familiales continuent de peser sur la société espagnole.


Pourquoi la guerre d'Espagne reste-t-elle un événement majeur ?


La guerre d'Espagne est bien davantage qu'un conflit national. Elle révèle les fractures d'une Europe où les démocraties sont fragilisées et où les régimes autoritaires gagnent du terrain. Elle montre également les limites de la politique de non-intervention et l'importance croissante des alliances militaires.

Le conflit annonce certaines caractéristiques de la Seconde Guerre mondiale : bombardements de villes, mobilisation idéologique des populations, propagande, violences contre les civils et participation de puissances étrangères. Il ne faut toutefois pas le considérer comme une simple répétition de la guerre mondiale. La guerre civile espagnole possède ses propres origines sociales, politiques et régionales.

Elle laisse aussi une empreinte durable dans la culture. Le tableau Guernica de Picasso demeure un symbole de la souffrance des populations civiles. Les témoignages, les romans, les photographies et les films contribuent à préserver la mémoire des combattants, des réfugiés et des victimes.

L'histoire de la guerre d'Espagne rappelle enfin qu'une démocratie peut être fragilisée lorsque les adversaires politiques cessent de reconnaître la légitimité des institutions et que la violence devient un moyen ordinaire de régler les désaccords. Les inégalités sociales, les peurs idéologiques et les divisions ne conduisent pas automatiquement à la guerre, mais elles peuvent créer un terrain favorable à l'affrontement lorsque les mécanismes politiques ne parviennent plus à les contenir.

Comprendre la guerre d'Espagne, c'est donc éclairer les années qui précèdent 1939, mais aussi réfléchir aux conditions qui permettent à une société de préserver ses libertés. C'est enfin mesurer le rôle de la culture : face à la destruction, les artistes et les écrivains peuvent donner un visage aux victimes et transmettre aux générations suivantes ce que la violence voudrait parfois effacer.


Les Passeurs de Culture

Octobre 2026



Pour aller plus loin, vous pouvez lire :

La guerre d’Espagne (1936-1939) : un pays déchiré, une Europe au bord du gouffre :


Le 26 avril 1937, la petite ville basque de Guernica est bombardée par l’aviation allemande et italienne. Des maisons s’effondrent, des incendies ravagent les rues et des civils tentent de fuir. Quelques mois plus tard, Pablo Picasso donne à cette tragédie une dimension universelle avec un immense tableau en noir et blanc. La guerre d’Espagne vient de devenir l’un des symboles les plus saisissants de la violence du XXe siècle.

Mais le conflit ne se résume pas à cette image de destruction. Entre 1936 et 1939, l’Espagne connaît une guerre civile qui oppose deux visions radicalement différentes de la société. La République, les mouvements ouvriers et les forces de gauche affrontent les militaires insurgés, les monarchistes, les conservateurs et les fascistes. Très vite, les grandes puissances européennes interviennent, faisant de l’Espagne un terrain d’affrontement idéologique et militaire.

La guerre d’Espagne (1936-1939) :

causes, déroulement et conséquences.

guerre-d-espagne.jpg