Les Passeurs de Culture
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Cette période est aussi celle des contradictions. La France célèbre les libertés tout en développant son empire colonial. Elle proclame l'égalité des citoyens, mais les femmes restent privées du droit de vote. Elle connaît un remarquable essor artistique et scientifique, tout en étant traversée par des conflits sociaux, des scandales politiques et de profondes divisions.
Comment la IIIe République a-t-elle réussi à s'installer durablement dans un pays longtemps partagé entre monarchistes, bonapartistes et républicains ? Et pourquoi son héritage demeure-t-il si présent dans la France contemporaine ?
La naissance difficile de la IIIe République (1870-1879) :
La défaite de Sedan et la chute du Second Empire :
Au cours de l'été 1870, la France de Napoléon III entre en guerre contre la Prusse. Le conflit tourne rapidement au désastre. Le 2 septembre, l'empereur capitule à Sedan et est fait prisonnier. Deux jours plus tard, le 4 septembre 1870, la République est proclamée à Paris. Le Second Empire s'effondre, mais le nouveau régime est loin de faire l'unanimité.
La guerre se poursuit. Paris est assiégée par les troupes allemandes, les conditions de vie se dégradent et le gouvernement de la Défense nationale tente d'organiser la résistance. Après plusieurs mois de combats, l'armistice est conclu en janvier 1871. Le traité de Francfort, signé le 10 mai, impose à la France une lourde indemnité et la cession de l'Alsace ainsi que d'une partie de la Lorraine.
Cette défaite laisse une profonde blessure dans la mémoire nationale. Le sentiment de revanche contre l'Allemagne devient un élément important de la vie politique française pendant plusieurs décennies.
La Commune de Paris, une fracture durable :
En février 1871, les élections donnent une majorité aux monarchistes à l'Assemblée nationale. Adolphe Thiers prend la tête du pouvoir exécutif et engage les négociations de paix. La décision d'installer les institutions à Versailles, les tensions sociales et la méfiance envers le gouvernement provoquent une insurrection à Paris.
Le 18 mars 1871, une révolte éclate. Les insurgés instaurent la Commune de Paris, qui entend défendre une République plus démocratique et plus sociale. Pendant un peu plus de deux mois, les communards mettent en œuvre différentes mesures et proposent une autre organisation du pouvoir, fondée notamment sur une plus grande participation des citoyens.
La Commune est écrasée par l'armée gouvernementale lors de la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871. Les combats, les exécutions et la répression font des milliers de victimes. Les déportations qui suivent frappent durablement le mouvement ouvrier et les milieux révolutionnaires.
L'épisode révèle la profondeur des divisions françaises. Pour les uns, la Commune incarne une aspiration à la justice sociale et à l'autonomie populaire. Pour les autres, elle représente une menace contre l'ordre et l'unité nationale. Cette fracture politique et sociale marque durablement les débuts de la République.
Les lois constitutionnelles de 1875 :
La question du régime politique demeure longtemps ouverte. Une partie des députés souhaite restaurer la monarchie, mais les divisions entre les prétendants au trône empêchent cette solution. Peu à peu, les républicains progressent dans l'opinion et remportent des succès électoraux.
En 1875, trois lois constitutionnelles organisent les pouvoirs publics. Elles établissent un système parlementaire dans lequel le pouvoir législatif est partagé entre la Chambre des députés et le Sénat. Le président de la République est élu par les deux chambres réunies.
Le régime n'est pas encore solidement installé. En 1877, le président monarchiste Patrice de Mac Mahon tente d'imposer son autorité face à la majorité républicaine de la Chambre. Les élections confirment finalement le soutien dont bénéficient les républicains. En janvier 1879, Mac Mahon démissionne et Jules Grévy lui succède.
Cette victoire marque une étape décisive : la République devient durablement le cadre institutionnel de la vie politique française. Elle doit désormais convaincre les citoyens qu'elle peut assurer à la fois la stabilité du pays et l'exercice des libertés.
Les grandes réformes républicaines : l'école, les libertés et la laïcité :
Jules Ferry et l'école pour tous :
L'une des ambitions majeures des républicains est de transformer l'éducation. Pour eux, l'école doit former des citoyens capables de comprendre les institutions, de participer à la vie publique et de se reconnaître dans une même communauté nationale.
Sous l'impulsion de Jules Ferry, plusieurs lois modifient profondément l'enseignement primaire. En 1881, l'école publique devient gratuite. En 1882, l'instruction est rendue obligatoire pour les enfants concernés par la loi et l'enseignement public est organisé autour du principe de laïcité.
Ces réformes ne font pas disparaître immédiatement les inégalités. Les conditions matérielles restent difficiles dans de nombreuses campagnes, et les enfants des milieux populaires ne poursuivent pas tous leurs études au-delà du primaire. Mais l'accès à l'instruction progresse et l'école devient un instrument majeur de mobilité sociale.
L'instituteur occupe une place centrale dans les villages. Il transmet les savoirs fondamentaux, mais aussi une certaine idée de la citoyenneté, de la patrie et de la République. Les manuels scolaires, les cartes de France et les leçons d'histoire contribuent à diffuser une culture commune dans un pays où les langues et les traditions régionales restent très diverses.
L'école républicaine représente ainsi bien davantage qu'une réforme pédagogique : elle participe à la construction d'une identité nationale partagée.
Les libertés publiques au cœur du régime
Les républicains cherchent également à garantir les libertés qui permettent à une démocratie de fonctionner.
La loi du 29 juillet 1881 consacre la liberté de la presse. Les journaux se multiplient, les débats politiques se développent et les caricatures deviennent un moyen puissant de critiquer les dirigeants. La presse peut informer les citoyens, mais elle contribue aussi à diffuser des rumeurs, des préjugés et des campagnes de dénigrement.
En 1884, une loi reconnaît les syndicats professionnels. Cette évolution facilite l'organisation des travailleurs, qui peuvent mieux défendre leurs intérêts face aux employeurs. Les grèves et les revendications sociales occupent progressivement une place importante dans la vie publique.
Les libertés de réunion et d'association se développent également, même si leur reconnaissance et leur application s'inscrivent dans une évolution progressive. La démocratie républicaine se construit donc à travers des lois, mais aussi par les luttes de ceux qui cherchent à élargir les droits politiques et sociaux.
La séparation des Églises et de l'État en 1905 :
La place de la religion dans la société constitue l'un des grands sujets de confrontation de la IIIe République. Les républicains les plus attachés à la laïcité souhaitent limiter l'influence de l'Église catholique sur l'école et les institutions publiques. Les catholiques, de leur côté, défendent la liberté religieuse et le rôle traditionnel de l'Église.
Les tensions aboutissent à la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État. Celle-ci affirme la liberté de conscience et organise la neutralité de l'État à l'égard des religions, selon les principes qu'elle établit.
La séparation ne met pas fin à tous les conflits. Elle suscite de vives oppositions, notamment autour de la place de l'Église dans l'espace public. Elle contribue cependant à définir un principe majeur de la vie politique française : les institutions publiques ne sont pas soumises à une autorité religieuse.
L'école, la presse, les syndicats et la laïcité participent ainsi à l'enracinement de la République. Ces réformes changent progressivement les relations entre les citoyens, l'État et les grandes institutions de la société.
L'affaire Dreyfus : quand la République se déchire :
À la fin du XIXe siècle, la France connaît une crise qui révèle les tensions profondes de la société. En 1894, Alfred Dreyfus, capitaine français de confession juive, est accusé d'avoir transmis des informations militaires à l'Allemagne. Il est condamné pour trahison et envoyé au bagne de l'île du Diable, en Guyane.
Très vite, des éléments font naître des doutes sur sa culpabilité. Le lieutenant-colonel Georges Picquart découvre des indices mettant en cause un autre officier, Ferdinand Walsin Esterhazy. Pourtant, l'institution militaire cherche d'abord à préserver son prestige et refuse de reconnaître l'erreur judiciaire.
En 1898, l'écrivain Émile Zola publie dans le journal L'Aurore son célèbre article « J'accuse…! ». Il dénonce les responsables de l'injustice et met en cause les autorités militaires et judiciaires. L'affaire devient une question nationale. Les dreyfusards défendent la révision du procès au nom de la vérité et de la justice. Les antidreyfusards invoquent notamment l'honneur de l'armée, tandis que l'antisémitisme s'exprime avec une violence considérable dans une partie de la presse et de l'opinion.
La France se divise. Les journaux, les réunions publiques et les débats parlementaires font de l'affaire un sujet omniprésent. Des intellectuels s'engagent dans la vie politique et affirment que la recherche de la vérité doit primer sur les intérêts des institutions.
Dreyfus est gracié en 1899, puis finalement réhabilité en 1906. Cette affaire a montré que la République n'était pas à l'abri de l'injustice, du nationalisme et des discriminations. Elle a aussi renforcé l'idée que les institutions doivent pouvoir être critiquées et que la justice doit s'appuyer sur des preuves.
L'affaire Dreyfus demeure l'un des grands épisodes de l'histoire républicaine parce qu'elle pose une question toujours actuelle : comment défendre les droits d'un individu lorsque l'opinion publique, les préjugés et les intérêts politiques semblent s'opposer à lui ?
Une France en pleine transformation économique et sociale :
L'industrialisation et la naissance de nouvelles classes sociales :
La IIIe République accompagne la transformation d'une France encore largement rurale en une société de plus en plus industrialisée. Les mines, les usines métallurgiques, les chemins de fer et les industries textiles prennent une place croissante dans l'économie. Les villes s'étendent et attirent des travailleurs venus des campagnes.
Le développement industriel ne profite cependant pas à tous de la même manière. Les ouvriers travaillent souvent de longues journées, dans des conditions pénibles et pour des salaires modestes. Les accidents sont fréquents et la protection sociale reste limitée. Les grèves se multiplient, tandis que les syndicats et les partis socialistes réclament de meilleures conditions de travail.
La République doit composer avec ces revendications. La légalisation des syndicats en 1884 constitue une étape importante, mais les relations entre le patronat, les travailleurs et les pouvoirs publics restent conflictuelles. La question sociale devient un enjeu central de la vie politique.
Parallèlement, une bourgeoisie urbaine se développe. Les commerçants, les industriels, les professions libérales et les fonctionnaires participent à la croissance des villes et à l'évolution des modes de vie. Les grands magasins, les transports publics et les loisirs urbains modifient les habitudes quotidiennes.
Les progrès scientifiques et techniques :
La période est marquée par une succession d'innovations. L'électricité se diffuse progressivement, le téléphone facilite les communications et l'automobile commence à transformer les déplacements. Le cinéma, présenté par les frères Lumière en 1895, ouvre une nouvelle voie à la représentation du monde.
Les expositions universelles organisées à Paris, notamment en 1889 et en 1900, témoignent de cette confiance dans le progrès. La tour Eiffel, construite pour l'Exposition universelle de 1889, devient rapidement un symbole de la modernité française, malgré les critiques qu'elle suscite à ses débuts.
La science occupe également une place croissante dans l'imaginaire collectif. Les travaux de Louis Pasteur sur les microbes, la vaccination et la lutte contre certaines maladies transforment la médecine. Les découvertes de Pierre et Marie Curie contribuent au développement de la physique moderne.
Cette foi dans le progrès n'est toutefois pas sans ambiguïté. Les innovations améliorent les conditions de vie, mais les inégalités demeurent. L'industrialisation entraîne aussi de nouvelles formes de pollution, des accidents et des tensions sociales. La modernité apparaît à la fois comme une promesse et comme une source de difficultés.
Les femmes dans une société encore inégalitaire :
La IIIe République est également une période de mobilisation croissante des femmes. Leur place dans l'éducation, le travail, la presse et les mouvements associatifs évolue, tandis que certaines revendiquent explicitement l'égalité des droits.
Des militantes comme Hubertine Auclert défendent le droit de vote des femmes. Des écrivaines et des journalistes prennent part aux débats sur leur autonomie et leur rôle dans la société. Pourtant, les femmes restent exclues du suffrage politique national et demeurent soumises à de nombreuses inégalités juridiques et économiques.
Le droit de vote des femmes ne sera finalement accordé en France qu'en 1944, après la fin de la IIIe République. Ce décalage rappelle que l'enracinement du régime républicain n'a pas signifié une égalité politique immédiate pour tous.
Les arts et la littérature : une époque d'effervescence culturelle :
La IIIe République est l'une des grandes périodes de renouvellement de la culture française. Les artistes explorent de nouvelles manières de représenter le monde, tandis que les écrivains s'intéressent aux mutations sociales, aux conflits politiques et aux interrogations individuelles.
Les impressionnistes bouleversent la peinture
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Claude Monet, Auguste Renoir, Camille Pissarro, Edgar Degas et d'autres artistes contestent les conventions académiques. Ils privilégient souvent la peinture en plein air, les scènes de la vie moderne et les variations de la lumière.
Leurs premières expositions indépendantes, à partir de 1874, sont accueillies avec réserve par une partie de la critique. Pourtant, l'impressionnisme transforme profondément la peinture. Plutôt que de reproduire chaque détail avec précision, les artistes cherchent à saisir une impression fugitive, un mouvement ou une atmosphère.
Les paysages, les gares, les boulevards, les jardins et les loisirs deviennent des sujets dignes de la grande peinture. La vie contemporaine entre ainsi dans les tableaux, aux côtés des sujets historiques et mythologiques traditionnellement valorisés par les institutions.
À la fin du siècle, d'autres mouvements prolongent cette remise en question. Le postimpressionnisme, le symbolisme et les recherches de peintres comme Paul Cézanne ou Vincent van Gogh ouvrent de nouvelles perspectives. Au début du XXe siècle, le fauvisme puis le cubisme contribuent à bouleverser les codes de la représentation.
L'art n'est plus seulement un moyen de reproduire le réel : il devient un terrain d'expérimentation où les artistes interrogent les formes, les couleurs et les manières de voir.
Les écrivains face aux transformations de la société :
La littérature témoigne elle aussi des contradictions de l'époque. Émile Zola, figure majeure du naturalisme, décrit les conditions de vie des ouvriers, les conflits sociaux et les conséquences de l'industrialisation. Dans Germinal, publié en 1885, il plonge le lecteur dans le monde des mineurs et met en scène la dureté du travail, la misère et la montée des revendications collectives.
Guy de Maupassant observe les ambitions, les désillusions et les rapports sociaux avec un regard souvent ironique. Anatole France, quant à lui, participe aux débats intellectuels et s'engage dans l'affaire Dreyfus.
La littérature devient un espace où se discutent les grandes questions de la société : la pauvreté, la place des femmes, la religion, la justice, le pouvoir de l'argent et les effets du progrès. Les journaux et les revues contribuent à diffuser les œuvres et les idées auprès d'un public plus large.
Cette effervescence culturelle ne se limite pas aux livres et aux tableaux. Le théâtre, la photographie et bientôt le cinéma renouvellent les formes d'expression. Les cafés, les salles de spectacle et les expositions deviennent des lieux de rencontre et de débat.
La culture de la IIIe République témoigne ainsi d'une société en mouvement, où les artistes et les écrivains cherchent à comprendre un monde qui change rapidement.
La Belle Époque, entre optimisme et inquiétude :
Les années qui précèdent la Première Guerre mondiale sont souvent désignées sous le nom de Belle Époque. Le terme évoque le développement des loisirs, les innovations techniques, l'animation des grandes villes et le rayonnement culturel de Paris.
Les cafés-concerts, les cabarets, les affiches de Toulouse-Lautrec et les spectacles populaires participent à cette nouvelle culture urbaine. Les progrès des transports facilitent les déplacements et les vacances deviennent progressivement accessibles à une partie plus large de la population.
Mais cette image lumineuse ne doit pas masquer les réalités. La pauvreté, les tensions sociales, le nationalisme et les rivalités internationales persistent. Les progrès ne profitent pas également à toutes les catégories de la population.
La Belle Époque apparaît donc comme une période de contrastes : l'enthousiasme pour la modernité coexiste avec des inquiétudes qui annoncent les bouleversements à venir.
La Première Guerre mondiale : l'épreuve du feu :
Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le conflit, que beaucoup imaginent bref, s'installe dans la durée. Des millions d'hommes sont mobilisés et envoyés sur les fronts. La guerre de mouvement laisse bientôt place à une guerre de position, marquée par les tranchées, les bombardements et des pertes humaines considérables.
La bataille de Verdun, en 1916, devient l'un des symboles de cette guerre d'usure. Les soldats vivent dans des conditions extrêmes, confrontés à la boue, au froid, aux maladies et à la violence des combats. À l'arrière, les femmes prennent une part croissante à l'effort de guerre, notamment dans les usines d'armement, les transports et les services de santé.
Le conflit transforme toute la société. L'économie est réorientée vers la production militaire, les ressources sont rationnées et la propagande cherche à maintenir le moral de la population. Les familles vivent dans l'attente des nouvelles du front, tandis que les blessés et les mutilés témoignent de la brutalité des combats.
Le 11 novembre 1918, l'armistice met fin aux combats sur le front occidental. La France compte parmi les vainqueurs, mais elle sort profondément meurtrie de la guerre. Les pertes humaines, les destructions matérielles et le traumatisme des combattants marquent durablement les esprits.
Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, fixe les conditions de la paix avec l'Allemagne. La victoire renforce momentanément le prestige du régime, mais elle ne fait pas disparaître les difficultés économiques et les tensions politiques.
La Première Guerre mondiale constitue une rupture majeure dans l'histoire de la IIIe République. Elle transforme les rapports entre l'État et la société, accélère certaines évolutions sociales et laisse une mémoire douloureuse qui pèsera sur les décennies suivantes.
L'entre-deux-guerres : une République fragilisée :
Reconstruire un pays meurtri :
Après 1918, la France doit reconstruire les régions dévastées, réintégrer les anciens combattants et réorganiser son économie. Les monuments aux morts se multiplient dans les villes et les villages. Ils rappellent les sacrifices consentis par une génération entière.
La société change. Le souvenir des combats nourrit un puissant désir de paix, mais la victoire n'efface ni les pertes humaines ni les difficultés matérielles. L'inflation, les conflits sociaux et l'instabilité gouvernementale compliquent le retour à une vie normale.
Dans les années 1920, la culture connaît cependant un nouvel essor. Paris attire des écrivains, des peintres et des musiciens venus de différents pays. Le surréalisme, associé notamment à André Breton, explore l'imaginaire, le rêve et l'inconscient. L'Art déco, visible dans l'architecture, les objets et les arts décoratifs, incarne une autre facette de la modernité.
Les Années folles expriment ainsi une volonté de vivre après la catastrophe. La danse, le jazz, la littérature et les nouveaux modes de vie semblent ouvrir une période plus légère. Pourtant, derrière cette effervescence, les difficultés économiques et les tensions politiques restent présentes.
La crise économique des années 1930 :
À partir de 1929, la crise économique mondiale affecte progressivement la France. La baisse de l'activité, le chômage et les difficultés des entreprises nourrissent le mécontentement. Les gouvernements peinent à trouver des réponses durables.
La vie politique devient plus tendue. Les scandales financiers, dont l'affaire Stavisky en 1934, alimentent la défiance envers les institutions. Le 6 février 1934, des manifestations de ligues antiparlementaires et d'autres groupes d'extrême droite dégénèrent en affrontements violents à Paris. Pour de nombreux républicains, l'événement fait craindre une remise en cause du régime.
Face à ces menaces, les partis de gauche se rapprochent. Le Front populaire, qui rassemble notamment socialistes, radicaux et communistes autour d'un programme commun, remporte les élections législatives de 1936.
Le gouvernement dirigé par Léon Blum engage alors d'importantes réformes sociales. Les accords de Matignon, négociés en juin 1936, favorisent les augmentations de salaires, la reconnaissance des droits syndicaux et l'amélioration des relations entre salariés et employeurs. Les congés payés et la semaine de quarante heures deviennent des symboles forts de cette période.
Pour des millions de travailleurs, les premiers congés payés représentent une transformation concrète de la vie quotidienne. Partir quelques jours, découvrir le littoral ou voyager en train devient une possibilité nouvelle pour une partie du monde ouvrier.
Cependant, le Front populaire se heurte à de nombreuses difficultés économiques et à une opposition politique importante. Les divisions internationales, notamment autour de la guerre civile espagnole, accentuent également les tensions.
Les menaces qui pèsent sur la démocratie
Dans les années 1920-30, les régimes autoritaires progressent en Europe. Hitler arrive au pouvoir en Allemagne en 1933, l'Italie fasciste de Mussolini cherche à étendre son influence, tandis que la Russie soviétique de Staline se met en place. Les démocraties sont confrontées à la montée du nationalisme, au réarmement et à l'aggravation des tensions internationales.
En France, les débats portent sur la défense nationale, l'accueil des réfugiés, la politique étrangère et les moyens de préserver la paix. Les accords de Munich de septembre 1938, conclus entre l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie, illustrent la volonté d'éviter la guerre, mais ne permettent pas d'empêcher l'expansion allemande.
Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne. La France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne deux jours plus tard. La Seconde Guerre mondiale commence pour la France, qui entre dans une nouvelle période de crise.
La chute de la IIIe République en 1940 :
Au printemps 1940, l'armée allemande lance son offensive à l'ouest. En quelques semaines, les forces françaises et britanniques sont débordées. L'exode des populations civiles jette sur les routes des millions de personnes qui fuient l'avancée des troupes allemandes.
Le 14 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris. Le gouvernement français est profondément divisé sur la conduite à tenir. Le maréchal Philippe Pétain, nommé président du Conseil le 16 juin, demande l'armistice, signé le 22 juin.
Le 10 juillet 1940, les parlementaires réunis à Vichy accordent les pleins pouvoirs constituants à Pétain. Cette décision ouvre la voie au régime de Vichy, qui rompt avec les principes républicains et met en œuvre une politique autoritaire, collaborationniste et antisémite.
La IIIe République disparaît alors dans les faits, après près de soixante-dix ans d'existence. Sa fin ne signifie toutefois pas que l'idée républicaine s'éteint. Depuis Londres, le général de Gaulle appelle à poursuivre le combat. La France libre, puis la Résistance intérieure, défendent la libération du pays et le rétablissement de la République.
Après la Libération, les institutions républicaines sont rétablies. Une nouvelle Constitution, adoptée en 1946, inaugure la IVe République.
La chute de 1940 montre combien un régime peut être fragilisé par la guerre, les divisions politiques et la crise militaire. Elle souligne également l'importance des libertés et des institutions démocratiques, dont la préservation ne peut jamais être considérée comme acquise.
Quel héritage la IIIe République a-t-elle laissé à la France ?
La IIIe République a profondément transformé la France. Malgré ses crises, ses scandales et ses contradictions, elle a contribué à installer durablement le régime républicain et à diffuser des principes qui structurent encore la vie publique : l'école publique, la liberté de la presse, les libertés syndicales et la laïcité.
Elle a également accompagné les mutations économiques et sociales du pays, tandis que les artistes et les écrivains renouvelaient les formes d'expression culturelle. De l'impressionnisme à la littérature naturaliste, des expositions universelles aux premiers films, cette période a vu émerger de nouvelles façons de représenter le monde et de réfléchir à la société.
Son bilan demeure néanmoins contrasté. La colonisation, les discriminations, les inégalités entre les femmes et les hommes et les violences politiques rappellent les limites de ses idéaux. La Première Guerre mondiale, la crise des années 1930 et la défaite de 1940 ont révélé les fragilités du régime.
L'histoire de la IIIe République n'est donc ni celle d'un progrès continu ni celle d'un échec inévitable. Elle est celle d'une démocratie qui s'est construite dans les conflits, a dû affronter de profondes épreuves et a laissé un héritage durable.
Comprendre cette période, c'est mieux saisir comment les institutions, les libertés et les valeurs républicaines se sont progressivement installées en France, mais aussi pourquoi elles doivent être défendues et renouvelées à chaque génération.
Les Passeurs de Culture - Octobre 2026
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la IIIe République, une période décisive de l'histoire de France :
La IIIe République occupe une place essentielle dans l'histoire de France. Proclamée le 4 septembre 1870, au lendemain de la défaite de Sedan face à la Prusse, elle traverse près de soixante-dix années marquées par des bouleversements politiques, des progrès sociaux, des transformations culturelles et deux guerres mondiales. Elle voit la République s'enraciner dans la vie des Français, tandis que l'école publique, la liberté de la presse et la laïcité prennent une place croissante dans la société.
La IIIe République :
histoire, grandes réformes et transformations de la France
(1870-1940).